Sud-Ubangi : Aloïs KUMA IZIAMA, un ingénieur agronome propose aux paysans la fabrication de bloc à lécher à base des ingrédients locaux ramassés.

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A partir de son travail de terrain, Aloïs KUMA propose aux paysans éleveurs de gros bétails de l’axe BOTO-BOKOZO dans la province du Sud-Ubangi en RDC, une façon simple et moins couteuse de fabriquer le bloc à lécher à base des ingrédients locaux ramassés dans les villages. Cette pierre à lécher produit les mêmes effets que celle fabriquée à base des ingrédients chimiques enseignés dans la littérature. Ces matières sont d’abord absentes dans le milieu paysan du Sud-Ubangi et reste couteux dans des firmes lointaines de Kinshasa.

En effet, les minéraux sont importants chez les gros bétails pour leur développement vital, pour la sécrétion du lait et pour la constitution du squelette pendant la croissance et la gestation. La carence en minéraux (surtout le calcium et le phosphore) se traduit par un manque d’appétit, une faible fécondité et une mauvaise croissance. Les troubles liées à une carence en phosphore se manifestent par les boiteries, des troubles de reproduction (stérilité, retards dans le retour de la chaleur) et des troubles nerveux (1).

Vu que ces minéraux essentiels (Ca, P, N, Cl) ne se trouvent toujours pas en quantité suffisante dans le fourrage que nos animaux consomment chaque jour, la pierre à lécher permet de combler ce déficit minéral en vue d’améliorer la ration totale, la digestibilité et la performance animale.

Rappel des ingrédients normaux

Pour fabriquer un bloc à lécher, il faut disposer de ces matières, notamment le sel de cuisine, la chaux (calcaire), le phosphate bi calcique, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre, le sulfate de magnésium, le sulfate de cobalt, le sulfate de manganèse, le sulfate de zinc, le sulfate de potassium, le ciment et l’eau (2). Ces matières ne sont pas faciles à trouver dans le milieu paysan.

Proposition d’ingrédients locaux et leurs concentrations  

Au vu de ce qui précède, nous proposons ces ingrédients à base des éléments locaux dont le sel de cuisine 52 % (élément majeur), la farine de coquille d’ouitre ou d’escargots calcinés 20 % (riche en potasse) ; la farine d’os calcinés 18,91 % (riche en calcium) ; le ciment ou l’argile blanche 9,09 % (liant) et l’eau pour le mélange.

Ci-dessous, tableau d’éléments pour la fabrication locale de bloc à lécher de 10 kg :

    Ingrédients %    Quantité (kg)
 Sel de cuisine 52 5,2
 Poudre coquille d’escargot ou ouitre 20 2
 Poudre os calcinés 18,91 1,89
 Ciment ou argile 9 ,09 0,91
 Eau
 Total     100%        10 kg

Calculs de la consommation moyenne de bloc à lécher de 10 kg

L’optimum est qu’une tête consomme en moyenne 25 grammes de pierre à lécher par jour, d’où un bloc de 10 kg (10 000 g) représenterait 400 jours pour une tête.

Le kraal de l’association BOKO BOBANDU (2) héberge quatre têtes, le bloc de 10 kg pourra durer en moyenne 100 jours.

Donc, un bloc à lécher de 10 kg fabriqué selon ces concentrations et utilisé selon les conditions requises peut durer 400 jours pour une tête et 100 jours pour quatre têtes.

Matériels à utiliser

  • Seaux ou brouettes,
  • Bidon d’eau,
  • Des bâtons (pour la fixation),
  • La caissette,
  • Feuille de papier,
  • Balance (un gobelet peut être utilisé à la place au cas de manque de balance),
  • Pilon et mortier,
  • Feu (bois de chauffage).

Procédés

  • Pour produire la poudre d’os, d’ouitre ou de coquille ; il faut les brûler au feu et enfin les piller jusqu’à les réduire en poudre,
  • Déposer les ingrédients dans un récipient propre,
  • Bien remuer à la main pour obtenir un mélange homogène,
  • Ajouter de l’eau pour obtenir la pâte,
  • Couler la pâte dans la caissette en damant,
  • Introduire un bâton qui traverse la pâte afin de servir de fixer le bloc,
  • Sécher sous abri bien aéré, sans soleil direct de huit à dix jours (selon le milieu),
  • Prendre soin de garnir le fond de moule avec un papier pour faciliter le démoulage après séchage,
  • Tenir compte des dimensions de la caissette : longueur = 44 cm, larguer = 40 cm, hauteur = 10 cm.

Précautions (Sujets d’accompagnement)

  • Ne pas placer le bloc par terre,
  • Garder le bloc dans le kraal sous abri et le protéger contre l’eau de pluie,
  • Mettre le bloc à la disposition des bêtes s’il est bien sec et dur,
  • L’utiliser rationnellement, car les matériaux de fabrications sont rares,
  • Un bon bloc ne sera ni trop dur, ni trop mou mais aura une bonne cohésion,
  • Tenir compte de nombre de têtes par les calculs de la consommation moyenne,
  • Savoir que le bloc ne remplace pas les aliments propres des gros bétails, mais il est pris en titre complémentaire,
  • L’introduction de bloc à lécher dans le régime alimentaire des gros bétails nécessite une période d’adaptation afin de prolonger progressivement la durée d’utilisation des blocs par les animaux pendant trois semaines. Cette période constitue une phase d’initiation et d’adaptation de la flore microbienne du ruminant.

Notons que, est un ingénieur agronome et expert en sciences et techniques de développement qui a commencé sa carrière dans l’enseignement dans les écoles techniques agricoles entre 1992 et 2010. Il travailla dans un projet d’entretien des routes de dessertes agricoles pour compte de PNUD/UNOPS en 2007 et revient chez CDI BWAMANDA, d’abord comme animateur communautaire de l’axe BOTO-BOKOZO, ensuite comme chef de service de développement rural entre 2008 et 2013. Il sera finalement engagé par CONGODORPEN comme conseiller technique et actuellement coordinateur pays de cette ONG jusqu’à ces jours. CONGODORPEN est une ONG BELGE active en RDC depuis plus de 50 ans et membre du consortium AGRICONGO en RDC.

Aloïs KUMA

LVPC/ SO Grace

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