La production de café robusta dans la province du Sud-Ubangi peut-être relancée grâce aux coopératives membres de la FEPASU et contribuer à l’amélioration des revenus des producteurs agricoles.

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Une étude a été  menée par la FEPASU de  janvier à novembre 2021 auprès de 200 producteurs de café dans les quatre territoires qui composent la province du Sud-Ubangi, notamment : Budjala,  Kungu,  Libenge et  Gemena. L’objectif a été d’identifier les facteurs pouvant limiter la production de café, d’évaluer le revenu des producteurs agricoles du café sous l’angle d’organisation et d’entreprenariat agricole local, d’évaluer les effets de la relance de café robusta sur les revenus des producteurs agricoles et de proposer un projet visant à améliorer la rentabilité.

 

Dans les années 1980, le café a représenté 80% des recettes à l’exportation de la RDC et a fait la richesse de la grande Province de l’Equateur en général et de la province du Sud-Ubangi en particulier, situation qui a poussé les planteurs à le surnommer l’Or Vert, car le café constituait la première source de revenu pour les producteurs.

Mais, Hélas ! La production de café qui avait atteint 103.080 tonnes en 1988, a chuté à 49.846 tonnes en 2009, les causes de cette chute sont attribuées à la baisse de prix sur le marché, aux effets des conflits armés de 1996 à 2008 qui ont découragé les acheteurs. Toutes les entreprises qui achetaient le café ont fermé et le prix a sensiblement baissé. On associe à cela la dégradation des infrastructures routières, l’abandon quasi-total de la culture de caféier à cause de la Trachemycose qui a sévi dans les années 2006, décimant presque toutes les plantations. Cette situation a démotivé les producteurs et certains ont même décidé de remplacer le caféier par des cultures vivrières (1).

La présente étude a révélé que les producteurs font une agriculture biologique sans utilisation d’engrais chimiques, ni pesticides, que la culture du caféier est plus rentable avec les jeunes à cause de leur résistance physique et que l’expérience des anciens producteurs contribue à l’augmentation de la production.

En revanche, le mauvais état des routes, la faible superficie emblavée par les producteurs, les techniques culturales inadaptées, l’insuffisance d’intrants et le manque d’organisation des producteurs sont les facteurs qui limitent la rentabilité du café dans le Sud-Ubangi.

Actuellement, quelques projets passés l’on relancé, notamment PARRSA, CAFE POUR TOUS, CAFE AFRICA… et le café robusta se consomme beaucoup mieux localement et il est même demandé sur le marché national, sous-régional et international. Le café retrouve encore petit à petit sa place de choix ces dernières années. 1 kilo de café marchand brut coûte sur place 1 $, (dans une vente au détail) ; mais à plus d’1 $ s’il est torréfié.

La relance de cette culture est aussi favorisée grâce au fait que la station de sélection de Yangambi/Kisangani a mis sur le marché la semence de Café racheo-résistante (2). L’enjeu serait d’installer de nouvelles plantations avec le matériel végétal amélioré, d’appuyer techniquement les planteurs à pouvoir régénérer certaines de leurs plantations abandonnées et de les appuyer en petites unités de lavage et de transformation de café pour apporter la plus-value aux produits locaux.

Il sera aussi question que les producteurs ne se présentent pas devant les marchés qui s’offrent à eux en ordre dispersé, car cela ne leur profiterait pas. Il est donc judicieux de renforcer la fédération provinciale des producteurs agricoles du Sud-Ubangi (FEPASU) à se professionnaliser sur la filière café robusta et rétablir la relation avec les acheteurs et autres partenaires potentiels.

Notre réflexion soutient que le caféier n’est pas une culture introduite maintenant, il est dans les habitudes des producteurs du Sud-Ubangi, et que le revenu tiré de la production de café permettra aux producteurs d’assurer les besoins sociaux de leur ménage.

Une telle réflexion ne vient que s’aligner au programme du gouvernement congolais dans sa politique de l’agriculture « priorité des priorités », résumé à travers la stratégie formulée dans la phrase : « Revanche du sol sur le sous-sol ».

Les planteurs structurés en coopératives devront contribuer au trésor public en payant des taxes et impôts sur les activités économiques qu’ils vont réaliser. Ils devront aussi s’attendre à la facilitation et à la régulation de leurs activités par les services de l’Etat. C’est donc du partenariat public-privé « gagnant-gagnant » qui se développe. Les forces vives de la communauté impliquées dans cette dynamique de l’entreprenariat agricole, pourront déclencher le processus de révolution socioéconomique de la région.

Par ailleurs, le caféier est une plante qui ne pollue pas l’environnement, mais au contraire, il fertilise le sol en matière organique et assainis l’atmosphère. Dans l’accompagnement technique des producteurs par CONGODORPEN et son partenaire local CDI Bwamanda, le caféier est actuellement planté en association avec certains arbres fruitiers et d’autres plantes de court terme. C’est l’agroforesterie qui est pratiquée afin de contribuer à la préservation de la biodiversité pour les générations présentes et futures.

Au cas d’attaque des plantations par des ravageurs et d’autres ennemis, les moyens de lutte biologique sont d’usages courant et les initiatives locales de développement basées sur l’entreprenariat agricole sont appuyées à travers la stratégie de microprojets communautaires des femmes et des jeunes membres des coopératives (…)

 

Aloïs KUMA

Correspondance particulière

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